En ce début d’année 2026, l’inquiétude continue de crisper les marchés. En 2025, les bras de fer commerciaux, les tensions géopolitiques et le spectre d’une bulle de l’IA ont épisodiquement ébranlé la confiance des marchés, qui sont malgré tout parvenus à aller de l’avant. Il s’agit maintenant de déterminer s’ils sauront rester résilients ces prochains mois.
Dans un long entretien, Rob Lovelace, gérant de portefeuille actions chez Capital Group, évoque notamment ses perspectives concernant les marchés et la manière dont l’évolution des flux commerciaux est en train de remodeler l’économie mondiale. Il cite également ses thèmes d’investissement favoris, à commencer par les avancées rapides dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA).
Les marchés actions internationaux ont enregistré des performances à deux chiffres ces trois dernières années. Comment s’annonce le millésime 2026 ?
À mon sens, le parcours de ces trois dernières années importe peu. J'aurais plutôt tendance à repartir d’une feuille blanche pour faire le point sur les indicateurs qui comptent vraiment. En l’occurrence, les entreprises américaines affichent des bénéfices élevés. C’est surtout le cas dans les secteurs technologiques et connexes, mais aussi dans la finance, où les taux d’intérêt supérieurs permettent aux banques de générer des marges plus confortables et ont contribué à améliorer les conditions de financement. La concentration des marchés a, quant à elle, fait couler beaucoup d’encre, mais ce n’est pas uniquement une question de technologies : les entreprises ont enregistré une croissance dynamique de leurs bénéfices ces trois dernières années, un rythme qui pourrait bien se maintenir.
En dehors des États-Unis, les entreprises s’efforcent de s’adapter au nouveau visage du commerce mondial, lequel fera des gagnants, mais aussi des perdants. L’Europe, par exemple, réalise qu’elle doit prendre en main son avenir et rapatrier sa production. Et sur le front sectoriel, les meilleures performances ont été générées par les actions du secteur de la défense dans un contexte d’augmentation des dépenses militaires. À ce jour, la réorganisation de l’ordre mondial a fait plus de gagnants que de perdants à travers le monde, ce qui explique, d’après moi, pourquoi les actions non américaines ont surperformé les actions américaines en 2025.
En repartant d’une feuille blanche et en examinant les opportunités et les risques engendrés par le nouveau modèle économique mondial, on constate que les opportunités sont suffisamment nombreuses pour soutenir les marchés. Reste à voir la question des multiples – autrement dit, le prix que les investisseurs seront prêts à payer pour avoir leur part de ces bénéfices.