« Les hausses de prix des principaux facteurs d’inflation, tels que l’assurance automobile et le logement, dont les loyers, ont ralenti et freinent désormais l’inflation globale, ajoute Tom Hollenberg. Cette tendance pourrait d’ailleurs se maintenir si le marché de l’emploi venait à se détériorer ou si de nombreuses entreprises renonçaient à augmenter leurs prix. »
L’inflation reste toutefois un risque clé pour les investisseurs en obligations compte tenu de l’ampleur des investissements dans l’IA. « Il faut s’attendre à ce que l’inflation s’accélère si les dépenses d’investissement continuent d’augmenter et stimulent la croissance avant même que les gains de productivité se manifestent. Un tel scénario pourrait contraindre la Réserve fédérale américaine (Fed) de relever ses taux d’intérêt, une décision qui risquerait de faire monter le taux du bon du Trésor à 10 ans à plus de 5 %. Il ne s’agit pas là de mon scénario de référence, mais je reste attentif à la manière dont la situation évolue. »
La Fed repart sur une feuille de route plus classique
La stratégie de communication au compte-gouttes de Kevin Warsh, le nouveau président de la Fed, rappelle l’approche de la banque centrale américaine avant la crise financière de 2008.
« Même si cela ne me dérange pas que la Fed soit moins bavarde concernant l’évolution des taux d’intérêt à 6 ou 12 mois, les investisseurs ont besoin de savoir quels facteurs sont susceptibles d’infléchir la politique monétaire, estime Tom Hollenberg. S’ils n’ont aucune idée de ce qui pourrait inciter la Fed à relever ou abaisser les taux d’intérêt, il y a des chances qu’ils exigent une prime sur les obligations à long terme. Les investisseurs vont devoir se montrer patients et apprendre à observer le mode de fonctionnement de Kevin Warsh. »
Mais déjà, le statu quo monétaire décidé en juillet dernier et l’absence de visibilité qui l’a accompagné ont ravivé la volatilité sur les marchés : le taux du bon du Trésor à 30 ans s’est hissé à 5,3 % en août – du jamais vu en 19 ans – avant de refluer quand Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, a annoncé un doublement des rachats de dette américaine à long terme.
« En prenant ainsi les marchés au dépourvu, Scott Bessent a donné un signal clair : le Trésor américain se réserve la possibilité d’intervenir si les taux obligataires viennent à s’éloigner trop des niveaux qu’il juge justifiés par les fondamentaux. Mais s’il va trop loin dans l’application de cette stratégie, il pourrait devenir plus difficile de vendre des obligations du Trésor pour financer ces rachats, ce qui risque in fine de saper la demande d’actifs libellés en USD. »
Cependant, cet été, tandis que le marché des bons du Trésor américain s’affolait, la dette américaine était en train de franchir le seuil alarmant de 40 000 milliards USD, environ le double d’il y a 10 ans. Rappelons toutefois que les craintes de surendettement des États-Unis ne sont pas nouvelles, même si elles restent très présentes dans l’esprit des investisseurs.
Comme John Queen l’explique, « il est peu probable que les États-Unis se retrouvent dans l’incapacité de rembourser leur dette libellée dans leur propre monnaie. Le vrai risque, c’est si les investisseurs décidaient de ne plus acheter de bons du Trésor, ce qui ferait remonter encore plus les coûts d’emprunt et contraindrait le gouvernement à réduire les déficits du pays. Si ce scénario est possible, rappelons que l’économie américaine est l’une des plus solides au monde et que son marché de la dette souveraine est vaste et très liquide – autant de facteurs qui devraient contribuer à éviter une crise de la dette à court terme. »
Les actions peuvent progresser malgré des taux d’intérêt supérieurs
« Les taux d’intérêt ont tendance à remonter dans une conjoncture de croissance, ce qui arrive plus fréquemment que les investisseurs le pensent », clarifie Cheryl Frank, gérante de portefeuille actions chez Capital Group.
« Les marchés actions chancellent quand les taux longs remontent de 50 à 100 points de base, puis ils se stabilisent. Et c’est précisément à ce stade que nous en sommes aujourd’hui. En général, ils commencent à se disloquer seulement si les taux grimpent très vite, autour de l’ordre de 2 % à 2,5 %. »