Indicateurs économiques
Si l’on se fie aux manchettes quotidiennes, on peut trouver une multitude de raisons de se montrer réticent face au marché boursier.
Or, cette réserve semble injustifiée. En effet, depuis le début de 2026, le marché des actions a atteint une série de nouveaux sommets malgré les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine, la fluctuation des prix du pétrole et la forte inflation. Comment expliquer une telle vigueur? Cela tient essentiellement à un facteur simple, mais déterminant, à savoir l’importante progression des bénéfices des sociétés.
L’essor de l’IA compte pour beaucoup, car les dépenses massives des sociétés technologiques à ce chapitre se sont traduites par une croissance du chiffre d’affaires et des bénéfices des entreprises dans tous les secteurs. Cependant, l’IA n’est pas seulement en cause. Les banques tirent parti de l’augmentation des taux d’intérêt et les soins de santé voient leurs ventes dopées par des thérapies innovantes, tandis que les entreprises énergétiques bénéficient de la hausse des prix du pétrole brut. En ce qui concerne les bénéfices futurs, les estimations consensuelles font état d’une vigueur persistante, en particulier sur les marchés émergents, où ils devraient bondir de 49,2 % d’ici la fin de l’année.
La forte croissance des bénéfices n’est pas un phénomène exclusivement américain
Sources : Capital Group, FactSet, MSCI et S&P Global. La croissance annuelle estimative des bénéfices est représentée par les estimations consensuelles moyennes des bénéfices par action effectuées par les analystes de l’industrie pour l’année se terminant en décembre 2026 relativement aux indices S&P 500 (États-Unis), MSCI Europe (Europe), MSCI Japan (Japon), MSCI EM (marchés émergents) et MSCI China (Chine). La croissance des bénéfices est présentée en USD et les estimations sont au 31 mai 2026.
« Quand j’analyse les perspectives du marché, la solidité des bénéfices des sociétés ressort clairement » souligne Rob Lovelace, gestionnaire de portefeuille d’actions et président de Capital International, Inc. « Cette tendance à la hausse est manifeste depuis trois ans et n’a pas l’air de vouloir ralentir. »
Voici les trois thèmes boursiers qui retiendront notre attention pour le reste de 2026, voire au-delà.
La course à la suprématie en matière d’IA a incité cinq centres de données à très grande échelle, soit Amazon, Alphabet, Meta, Microsoft et Oracle, à s’engager à investir 650 milliards de dollars cette année dans des infrastructures informatiques, un niveau de dépenses historique qui ne semble pas près de diminuer. « Certaines de ces sociétés comptent parmi les plus rentables que le monde n’ait jamais connues », explique Mark Casey, gestionnaire de portefeuille d’actions. « Tant que la technologie continuera de progresser, je m’attends à ce que ces entreprises poursuivent leurs investissements. »
En fait, le total des sommes consacrées aux infrastructures et aux produits liés à l’IA à l’échelle mondiale pourrait atteindre 30 000 milliards de dollars américains au cours de la prochaine décennie, dépassant ainsi celles injectées lors de l’essor industriel chinois du début des années 2000, considérées par beaucoup comme les plus importantes de l’histoire moderne. Cette expansion avait redéfini le commerce mondial, les marchés du travail et la politique, ce qui laisse entendre que l’IA pourrait avoir une portée bien plus vaste, car elle touchera plus d’un secteur d’activité.
« Au cours du premier semestre, la guerre en Iran a semblé faire de l’ombre à l’IA », affirme M. Casey. « À mon avis, l’IA continuera malgré tout à retenir toute l’attention, car elle représente probablement la technologie la plus percutante de notre ère et la force la plus déterminante de l’économie. »
Cet afflux de dépenses s’est traduit par une explosion de la demande pour les produits des fabricants de semi-conducteurs de pointe comme NVIDIA et Broadcom, ainsi que pour ceux des fonderies de semi-conducteurs, telles que Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) et les entreprises de réseaux comme Cisco Systems.
Compte tenu de l’évolution fulgurante de la technologie et du fait que le déploiement devrait s’étendre sur des années, l’épicentre de la demande pourrait se déplacer d’un fournisseur de matériel à l’autre. C’est pourquoi il s’avère primordial de trier les placements sur le volet, ajoute M. Casey.
Vous pensez que l’intelligence artificielle est l’apanage des géants technologiques américains? Détrompez-vous.
Tout comme les Sept Magnifiques dominent les marchés américains, sept entreprises jouant un rôle clé dans la révolution de l’IA font la pluie et le beau temps dans les pays émergents. TSMC, Samsung Electronics et SK hynix figurent parmi les noms bien connus, alors que Mediatek et Delta Electronics le sont beaucoup moins. Pourtant, ces dernières s’imposent aussi comme chefs de file. De leur côté, Tencent et Alibaba ont accès au plus vaste marché de la planète grâce à leurs activités en Chine.
Tout comme aux États-Unis, sept titres technologiques mènent le bal dans les pays émergents
Sources : Capital Group, FactSet, MSCI et RIMES. Les Sept Émergentes représentent les sept plus importantes entreprises de l’indice MSCI Emerging Markets, soit TSMC, Samsung Electronics, SK hynix, Tencent, Alibaba, MediaTek et Delta Electronics. Les Sept Magnifiques désignent un groupe de sept entreprises technologiques dominantes établies aux États-Unis, à savoir Alphabet, Amazon, Apple, Meta Platforms, Microsoft, NVIDIA et Tesla. Le ratio cours-bénéfice (c/b) prévisionnel sur 12 mois est calculé en divisant le cours actuel de l’action de chaque entreprise par l’estimation consensuelle moyenne du bénéfice par action au cours des 12 mois suivants des analystes du secteur. Le ratio c/b prévisionnel sur 12 mois de Tesla, qui s’établit à 220x, dépasse l’échelle du graphique et est donc exclu ci-dessus. Au 31 mai 2026.
Ces sept entreprises et plateformes technologiques sont les plus importantes du MSCI Emerging Markets au chapitre de la capitalisation boursière, représentant 33 % de l’indice. À Capital Group, nous les appelons les « Sept Émergentes ». Elles affichent généralement des capitalisations boursières et des valorisations inférieures à celles de bon nombre de leurs homologues américaines, mais les prévisions de croissance de leurs bénéfices excèdent celles du S&P 500.
Ainsi, les investisseurs axés sur les actions américaines pourraient passer à côté du potentiel qu’offrent ces entreprises. « Aujourd’hui, plusieurs chefs de file mondiaux dans leurs secteurs respectifs se trouvent à l’extérieur des États‑Unis », souligne Steve Watson, gestionnaire de portefeuille du Capital Group portefeuille de revenu mensuelMC (Canada).
En effet, la forte remontée des marchés émergents et développés hors États-Unis amorcée en 2025 se poursuit, propulsée par des valorisations attrayantes, un dollar américain faible et de solides bénéfices d’entreprise. Même si l’écart avec les actions américaines a diminué, M. Watson s’attend à ce que les marchés étrangers restent porteurs d’occasions, citant en exemple des meneurs sectoriels comme Airbus, ASML, AstraZeneca et Safran, dont les sièges sociaux se situent à l’extérieur des États-Unis.
Même si l’IA représente le principal moteur des marchés boursiers, la capitalisation de NVIDIA dépassant à elle seule celle de trois secteurs du S&P 500, ignorer les entreprises de l’économie physique serait une erreur.
La capitalisation boursière de NVIDIA dépasse celle de trois secteurs du S&P 500
Sources : Capital Group, FactSet, RIMES et S&P Global. Au 31 mai 2026. Les entreprises indiquées sont les trois plus importantes de leur secteur respectif au sein de l’indice S&P 500.
Tout d’abord, l’IA ne peut pas fonctionner sans l’économie physique. La demande d’acier, de cuivre, de services de construction lourde et d’équipements de production d’électricité explose pour répondre aux besoins liés au déploiement des centres de données. Par exemple, les ventes de la division de construction de Caterpillar ont bondi de 38 % au premier trimestre. L’entreprise a également annoncé avoir un carnet de commandes de 62,7 milliards de dollars US pour ses équipements de production d’énergie électrique.
« Les entreprises qui fournissent les intrants essentiels, autant dans la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs que dans le développement des infrastructures, représentent, selon moi, les meilleures occasions », explique Chris Buchbinder, gestionnaire de portefeuille du Fonds Capital Group actions américainesMC (Canada).
D’autres sont attrayantes, car l’IA a peu de chances de les perturber. « Citons notamment Royal Caribbean. En effet, il est peu probable que l’IA vienne un jour remplacer les navires de croisière. », précise M. Buchbinder. Le constructeur de moteurs à réaction GE Aerospace constitue un autre exemple. Il a commencé l’année avec un carnet de commandes de 190 G$ US, alimenté par une demande mondiale grandissante pour les voyages et une hausse des dépenses en matière de défense.
De plus, les investisseurs préoccupés par les risques accrus pourraient envisager d’investir dans certaines entreprises de l’économie physique qui ont l’habitude de verser des dividendes. Beaucoup de fabricants de médicaments génèrent de solides flux de trésorerie disponibles qui leur permettent de redistribuer du capital aux actionnaires sous forme de dividendes et de renforcer l’éventail de produits offerts grâce à des acquisitions ciblées. AstraZeneca, par exemple, a un portefeuille bien établi de traitements oncologiques. Afin de dynamiser sa croissance future, elle dispose d’actifs ciblant les maladies cardiaques, l’insuffisance rénale chronique et les perturbations métaboliques.
Les investisseurs devront faire face à certains risques au cours du second semestre, dont la flambée des prix de l’énergie, une inflation élevée et de fortes valorisations dans certains secteurs. Cependant, chaque année présente son propre lot de risques et d’occasions. En fait, la volatilité observée immédiatement après le début de la guerre en Iran à la fin de février nous rappelle qu’il est essentiel, quelle que soit la conjoncture, de maintenir des portefeuilles à la fois bien diversifiés et équilibrés.
Les centres de données à très grande échelle sont des fournisseurs de services infonuagiques qui offrent la puissance informatique et des capacités de stockage à des organisations et à des personnes aux quatre coins de la planète.
L’indice MSCI Emerging Markets vise à mesurer le rendement des entreprises à grande, moyenne et petite capitalisation de plus de 24 marchés émergents.
L’indice S&P 500 est un indice pondéré selon la capitalisation boursière fondé sur les résultats d’environ 500 actions ordinaires américaines détenues par un grand nombre d’actionnaires.
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