Categories
Japon
Avec les « kishidanomics », le Japon veut accélérer sa transformation numérique
Christophe Braun
Directeur d’investissement
CE QU’IL FAUT RETENIR
  • La levée des restrictions sanitaires et une large couverture vaccinale pourraient favoriser un rebond des dépenses de consommation.
  • Des initiatives comme la stratégie misant sur les énergies propres et le concept d’une nation de cités-jardins connectées (« Vision for a Digital Garden City Nation ») pourraient avoir un impact durable sur l’économie et les marchés financiers du pays.
  • Alors que l’économie japonaise poursuit sa transition numérique, les entreprises positionnées sur ce segment ont la possibilité de garder une longueur d’avance sur leurs concurrents.
  • En cas d’amélioration notable de la conjoncture nippone, Fumio Kishida pourrait espérer remporter la chambre haute lors des élections prévues en juillet 2022, ce qui lui laisserait suffisamment de temps pour mettre en œuvre d’autres politiques redistributives.

Une course contre la montre


Dès son investiture1, le Premier ministre japonais Fumio Kishida s’est montré réactif : entre la convocation d’élections anticipées et l’annonce d’un plan de relance économique d’envergure, ses décisions s’apparentent à une course contre la montre et ont à ce jour dépassé les anticipations des marchés.


« C’est lorsque le soleil brille qu’il faut réparer sa toiture », a déclaré le Premier ministre au moment de dévoiler son plan de 55 700 milliards JPY2 (soit 490 milliards USD) destiné à relancer une économie japonaise sinistrée par le Covid-19. Outre des aides aux hôpitaux et entreprises en difficulté, ce plan comprend des investissements visant à mettre en œuvre la stratégie de croissance du gouvernement.


Ces mesures auront un effet stimulant à court terme, mais le rebond des dépenses de consommation dépendra aussi de la levée des restrictions sanitaires et d’une large couverture vaccinale. À 79 %3, le taux de vaccination complète du Japon figure actuellement parmi les plus élevés au monde.


Le Premier ministre Fumio Kishida a promis d’élaborer d’autres campagnes pour relancer la consommation japonaise, tout en avertissant de la possible résurgence de vagues d’infection au Covid-19. Lancée en 2020, la campagne « Go To Travel » subventionne les dépenses de voyage dans le pays, pour renforcer la consommation de produits non durables et de services.


Le gouvernement japonais espère que son plan de relance record portera le produit intérieur brut du pays à environ 5,6 %

Données au 19 novembre 2021. Sources : Bureau du Conseil des ministres japonais, Bloomberg, Capital Group. 

Le scénario du redressement du secteur du tourisme


Qu’en est-il des voyageurs internationaux ?


Fin 2021, le Japon a assoupli les règles d’entrée sur son territoire pour les voyageurs d’affaires et les étudiants4, avant de revenir momentanément sur sa décision à la suite de la découverte du variant Omicron. Cette annonce a été difficile à accepter, en particulier pour le secteur du transport aérien


et des voyages, car les frontières japonaises sont restées fermées aux voyageurs internationaux pendant la majeure partie de la pandémie.


Il est encourageant de voir que les pays du monde qui ont rouvert leurs frontières bénéficient d’un rebond économique marqué grâce, en partie, au rattrapage de la demande de consommation. Le secteur touristique japonais finira lui aussi par rebondir, mais il est difficile de prédire quand cela se produira. Le pays reste l’une des destinations de vacances les plus prisées au monde, et sa capitale est un important centre d’affaires international.


En 2019, avant la crise sanitaire, 31,9 millions de visiteurs étrangers se sont rendus au Japon, un record. Cette année-là, le secteur des voyages et du tourisme, qui a également profité de l’afflux de touristes chinois, a contribué à hauteur de 359 milliards USD au PIB japonais5.


Le rebond de la demande de voyages ailleurs pourrait avoir un formidable effet ricochet, en créant un besoin pour une multitude de produits et services et en contribuant à alimenter la croissance des emplois dans toute une série de secteurs, comme les fabricants de pièces d’aéronef, les hôtels, les casinos ou encore les restaurants.


Les dépenses touristiques au Japon ont culminé en 2019, avant la pandémie

Données au 2 août 2021. Source : Statista. 

Une nouvelle forme de capitalisme


Malgré les premières réactions négatives à la proposition du Premier ministre d’instaurer une nouvelle forme de capitalisme avec « un cercle vertueux de croissance et de redistribution », il convient de déterminer si cette approche peut déboucher sur suffisamment d’opportunités rentables dans des domaines de croissance clé (comme la transition numérique).


Pour soutenir la classe moyenne, le Premier ministre tente de persuader les entreprises dont les résultats ont renoué avec leurs niveaux d’avant-crise d’augmenter les salaires d’au moins 3 %. Il y a urgence, puisqu’au Japon, les salaires réels annuels moyens n’ont augmenté que de 4,4 % entre 1990 et 20206 (en parité de pouvoir d’achat).


Par le passé, des initiatives telles que baisses d’impôts, réforme des méthodes de travail ou participation à des négociations salariales ont été introduites pour tenter de réduire les écarts de revenus au Japon. Bien que celles-ci puissent avoir un effet légèrement positif, il serait sans doute plus efficace de poursuivre la réforme du marché de l’emploi, par exemple en généralisant la rémunération au mérite ou en assouplissant ses règlementations.


Par ailleurs, la hausse des impôts sur les bénéfices des entreprises, sur les dividendes et sur les plus-values en capital pourrait faire partie des projets à venir du gouvernement pour mettre fin à la stagnation des salaires et financer des transferts supplémentaires en faveur des ménages à faible revenu. Il est peu probable que ces changements interviennent à court terme, mais c’est un sujet auquel nous resterons attentifs. Les répercussions potentielles d’un alourdissement de la fiscalité sur les ratios des entreprises dépendront de l’efficacité des mesures de soutien à la croissance.


 


1. Fumio Kishida a été nommé Premier ministre du Japon le 4 octobre 2021.


2. Le plan de relance du Japon consiste en sommes d’argent versées aux ménages à faibles revenus, en aides aux entreprises en difficulté, et en subventions pour relancer le tourisme intérieur. Fonds privés compris, le plan global pourrait s’élever à 78 900 milliards JPY. Source : JapanGov.


3. Au 24 janvier 2022. Source : Our World in Data.


4. À compter de novembre 2021, le nombre de visiteurs quotidiens sur le territoire japonais a été relevé à 5 000.


5. Sources : Japan Tourism Agency, Japan External Trade Organization.


6. Les salaires réels annuels japonais sont passés de 36 879 USD en 1990 à 38 515 USD en 2020. Source : Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).


 


Avant d’investir, il convient de tenir compte des facteurs de risque suivants :

  • Le présent document n’a pas vocation à fournir un conseil d’investissement, ni à être considéré comme une recommandation personnalisée.
  • La valeur des investissements et le revenu qu’ils génèrent ne sont pas constants dans le temps, et les investisseurs ne sont pas assurés de récupérer l’intégralité de leur mise initiale.
  • Les résultats passés ne préjugent pas des résultats futurs.
  • Si la devise dans laquelle vous investissez s’apprécie face à celle dans laquelle les investissements sous-jacents du fonds sont réalisés, alors la valeur de votre placement baissera. La couverture du risque de change vise à limiter ce phénomène, mais rien ne permet de garantir qu’elle sera totalement efficace.
  • Les risques varient selon la stratégie et peuvent être associés à l’investissement dans les actifs obligataires, les marchés émergents et/ou les titres à haut rendement (high yield). Les marchés émergents sont volatils et peuvent pâtir de problèmes de liquidité.


Christophe Braun est spécialiste de l’investissement chargé des actions chez Capital Group. Il possède 11 ans d’expérience de l’investissement et a rejoint Capital Group il y a 5 ans après avoir occupé les fonctions de représentant en placements chez TD Direct Investing International, puis de gérant et conseiller en placements chez CBP Quilvest S.A. Il est titulaire d’un master de sciences en économie financière et industrielle de Royal Holloway (Université de Londres), et d’un diplôme de gestion et économie de l’université Leopold-Franzens en Autriche. Christophe est basé à Luxembourg.


Past results are not a guarantee of future results. The value of investments and income from them can go down as well as up and you may lose some or all of your initial investment. This information is not intended to provide investment, tax or other advice, or to be a solicitation to buy or sell any securities.

Statements attributed to an individual represent the opinions of that individual as of the date published and do not necessarily reflect the opinions of Capital Group or its affiliates. All information is as at the date indicated unless otherwise stated. Some information may have been obtained from third parties, and as such the reliability of that information is not guaranteed.