La décision de relever d’un point de pourcentage ses taux d’intérêt marque un virage dans la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui cherche à apaiser les pressions inflationnistes induites par le conflit au Moyen-Orient. Cette hausse, qui intervient pour la première fois depuis juillet 2023, constitue à certains égards un retour à la normale après une longue période de coûts d’emprunt artificiellement bas. Pour remettre ce changement en perspective, trois professionnels de l’investissement de Capital Group partagent leur analyse de l’environnement actuel de taux d’intérêt, et imaginent ses retombées potentielles sur l’économie et les marchés.
L’économie américaine est capable de supporter des taux d’intérêt élevés
Darrell Spence, économiste spécialiste du marché américain
L’économie américaine est aujourd’hui soutenue par un marché de l’emploi solide et par une productivité qui augmente, ce qui devrait permettre à la croissance du PIB de résister, même avec des taux d’intérêt légèrement supérieurs. Il est toutefois important de souligner que le niveau actuel des taux est en réalité loin d’être inhabituel. Ce qui a été exceptionnel, en revanche, ce sont d’une part, les taux quasi nuls qui ont prévalu après la crise financière de 2008, et d’autre part, les vastes programmes d’achats d’emprunt d’État qui ont contribué à maintenir cet environnement plusieurs années durant. La normalisation des taux est donc peut-être engagée.
Le fait que la Fed décide de relever ses taux signifie en quelque sorte qu’elle juge l’économie américaine en relative bonne santé. Les investissements réalisés ces derniers temps dans l’IA apportent un soutien appréciable à la croissance et, malgré une inflation élevée, les dépenses des ménages américains ont augmenté d’environ 2 % en rythme annualisé. La vitalité renouvelée du marché de l’emploi facilite en outre le travail des gouverneurs de la Fed, qui peuvent ainsi s’atteler à freiner l’inflation des prix à la consommation, laquelle dépasse de 150 points de base l’objectif de 2 %.