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États-Unis
Le dilemme de la dette publique américaine
Darrell Spence
Économiste

À chaque client que je rencontre, la question revient : « Est-ce que le niveau élevé de la dette publique américaine vous préoccupe ? ».


Et je réponds toujours, de manière quelque peu désinvolte, mais honnête : « Cela deviendra un problème quand cela deviendra un problème. » En d’autres termes, il faudra s’inquiéter lorsque les investisseurs américains et étrangers décideront qu’ils ne veulent plus détenir de bons du Trésor américain.


Reste à savoir si, et quand, ce jour viendra. Dans tous les cas, c’est déjà arrivé à d’autres pays, à un moment où leur niveau d’endettement est devenu supérieur à leur produit intérieur brut (PIB). En effet, dès lors que les taux d’intérêt dépassent le taux de croissance d’une économie, les revenus supplémentaires générés au cours d’une année deviennent inférieurs aux intérêts sur la dette, laquelle se met donc à croître mécaniquement.


Or, les États-Unis sont encore loin de cette situation, du moins pour le moment.


D’après les prévisions du Congressional Budget Office (CBO), la dette publique américaine pourrait dépasser 100 % du PIB en 2024 et augmenter rapidement au cours des décennies suivantes. Précisons que cette estimation part du principe que tous les projets de loi en cours seront promulgués dans leur version actuelle, ce qui implique aussi la fin des réductions d’impôts fédérales adoptées en 2017. Dans le cas contraire, il faut donc s’attendre à ce que les chiffres soient supérieurs.


Le niveau de la dette totale des États-Unis, qui a franchi la barre des 33 000 milliards USD le 30 juin 2023, a failli entraîner un « shutdown » en octobre, c’est-à-dire la suspension des services fédéraux. D’ailleurs, le Congrès devant encore se mettre d’accord sur les priorités budgétaires, ce risque demeure, et pourrait se matérialiser dès novembre.


La dette publique américaine devrait s’envoler ces prochaines années

Sources : Capital Group, prévisions Congressional Budget Office (CBO) au 30 juin 2023.

Cela étant, je doute que des difficultés surgissent dès que l’encours de la dette dépassera 100 % du PIB. En effet, d’autres pays ont connu des taux d’endettement encore supérieurs, sans que cela ne cause de graves perturbations. Mais contrairement aux États-Unis, certains d’entre eux bénéficiaient d’une configuration unique, comme par exemple un important vivier d’investisseurs nationaux qui les rendait moins dépendants de l’étranger.


Par ailleurs, le dollar US devrait conserver son statut de monnaie de réserve du monde. Dans ces conditions, il est difficile de prédire si, et quand, la dette américaine pourrait commencer à poser problème, et même de s’inspirer de l’expérience d’autres économies, dont la défaillance a été plutôt imputable à une guerre ou à une catastrophe naturelle.


Il convient malgré tout de surveiller l’évolution de la dette américaine, puisqu’à en croire les prévisions, les paiements nets d’intérêts (aujourd’hui de 476 milliards USD) devraient dépasser les dépenses militaires au cours des cinq prochaines années, et atteindre 1 440 milliards USD d’ici dix ans. Autrement dit, les paiements d’intérêts capteront 10,6 % de recettes fédérales en plus d’ici à 2033.


Les paiements d’intérêts sur la dette publique américaine pourraient bientôt dépasser les dépenses militaires

Sources : Capital Group, prévisions Congressional Budget Office (CBO) au 31 mai 2023.

Quelles peuvent être les conséquences d’un surendettement ?


Une progression constante de l’endettement pourrait obliger le gouvernement fédéral à faire des choix politiques difficiles, avec des retombées potentiellement négatives sur les entreprises et les ménages. En toute logique, les taux d’intérêt augmenteraient structurellement sous l’effet d’une multiplication des émissions de bons du Trésor, et des hausses d’impôts pourraient être nécessaires pour assurer le service de la dette.


La réorientation possible des dépenses publiques vers le service de la dette pourrait quant à elle freiner la croissance économique, et finir par éroder les rendements boursiers, lesquels sont étroitement corrélés, à long terme, avec la croissance du PIB.


Rien d’étonnant, donc, à ce que nos clients continuent de m’interroger sur la viabilité de la dette. Cela dit, ils ont désormais tendance à ajouter que « La Réserve fédérale ne peut augmenter indéfiniment les taux d’intérêt, sous peine de rendre la dette publique trop chère ».


Rappelons que la Fed, dont le double mandat est de favoriser le plein emploi et la stabilité des prix, n’a aucune obligation d’aider le gouvernement à assurer le service de la dette – sauf, peut-être, si elle considère le caractère économiquement abordable de la dette comme une menace pour la réalisation de ses deux objectifs. Et même dans ce cas, il faudrait faire preuve d’une logique détournée pour établir un lien entre les deux éléments.


Sous chaque présidence depuis 50 ans, la dette américaine s’est creusée

Capital Group, Bureau of the Fiscal Service, Congressional Budget Office. Au 31 décembre 2022.

On pourrait aussi imaginer que le Congrès américain juge insatisfaisant le désintérêt de la Fed pour l’équilibre budgétaire du pays, et qu’il décide en conséquence de revoir son mandat, voire de la placer sous son contrôle. Or, on l’a vu par le passé, la situation économique des pays dont les banques centrales ont perdu leur indépendance a tendance à s’affaiblir.


Quoi qu’il en soit, rien ne permet d’affirmer qu’une crise de la dette américaine est imminente ou que la Fed sera contrainte de renoncer à son indépendance. Mais au vu de la rapidité avec laquelle la dette publique se creuse, il devient de plus en plus difficile d’affirmer que ce sujet est insignifiant.


Il n’existe pas de solution facile au dilemme d’une dette de 33 000 milliards USD qui croît continuellement, mais la classe politique doit s’y atteler si elle veut éviter de devoir faire face aux répercussions possibles sur les marchés financiers et sur l’économie.



Darrell Spence est économiste et directeur de recherche. Il possède 28 ans d’expérience, cumulée intégralement au sein de Capital Group. Il est titulaire d’une licence en économie de l’Occidental College et de l’accréditation CFA.


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