L’investissement passif est devenu une composante populaire de l’élaboration de portefeuille moderne, offrant une exposition rentable et diversifiée à un éventail de marchés. Pourtant, sous la surface de cette stratégie apparemment efficace se cache une faille structurelle : les fonds négociés en bourse (FNB) indiciels mondiaux et internationaux passifs sous-représentent souvent des régions et des pays clés et en omettent d'autres.
« Cette approche (motivée par les écarts entre les méthodologies des indices boursiers et les réalités économiques) peut se traduire par des occasions manquées et des résultats sous-optimaux pour les portefeuilles », explique Warner Wen, spécialiste principal des produits, qui se concentre sur les FNB.
Selon M. Wen, le cœur du problème réside dans la manière dont les fonds passifs sont élaborés. La plupart des fonds indiciels mondiaux et internationaux suivent des indices de référence tels que l’indice MSCI All Country World (ACWI), l’indice MSCI Europe, Asia and Far East (EAFE) et l’indice FTSE Global All Cap.
« Chaque indice a ses propres nuances, mais certains de ces indices largement suivis peuvent limiter considérablement l’exposition à certains marchés », explique-t-il.
Prenons par exemple les pondérations du Royaume-Uni, de la France et de l’Italie dans l’indice MSCI ACWI. Comme le présente le tableau, la pondération du Royaume-Uni est fixée à 3,2 %, bien qu’il s’agisse de la sixième économie mondiale en termes de produit intérieur brut. La France, deuxième économie de la zone euro, affiche une pondération de 2,3 %, tandis que l’Italie, troisième économie, ne représente que 0,7 %. Ce qui est peut-être le plus remarquable concernant ces expositions, ce sont les résultats de leurs marchés boursiers : tous ont enregistré des résultats de plus de 20 % (en dollars américains) en cumul annuel jusqu’au 31 octobre 2025.
Les pondérations des pays prescrites par les indices peuvent également limiter l’exposition à certaines zones offrant des occasions. Taïwan, un pôle d’innovation directement lié au développement de l’intelligence artificielle, n’a qu’une pondération de 2,2 % dans l’indice MSCI ACWI, tandis que celle du Canada, à 2,9 %, paraît faible compte tenu de l’augmentation de la demande en matériaux, en particulier de l’or.
Angles morts
Pondérations régionales et par pays de l’indice MSCI ACWI (CAD) au 31 octobre 2025
Sources : Capital Group, MSCI.
En matière d’exposition aux indices internationaux, il est logique que l’indice MSCI EAFE, largement suivi, ne tient pas compte du Canada et des États-Unis; mais l’indice évite aussi entièrement la Chine et les marchés émergents. Les investisseurs qui s’appuient uniquement sur des fonds passifs qui suivent un tel indice peuvent se retrouver avec une exposition minimale à certaines des économies les plus dynamiques du monde.
« Cette exclusion peut entraîner une sous-représentation importante dans les portefeuilles passifs, dont les investisseurs actuels et futurs devraient être conscients avant d’investir », affirme M. Wen.
Il oppose les FNB mondiaux et internationaux passifs et ceux à gestion active qui, en général, sont en mesure de déterminer les répartitions en fonction de l’analyse des entreprises individuelles, de l’environnement d’investissement et des perspectives, plutôt qu’en fonction de méthodologies indicielles rigides.
"Les répartitions régionales, sectorielles et nationales des FNB fondamentaux à gestion active reposent sur une analyse ascendante des entreprises et sur une orientation intentionnelle par rapport à un indice de référence," explique-t-il.
En revanche, la rigidité des méthodologies indicielles fondées sur des règles et leurs calendriers de rééquilibrage et de reconstitution peu fréquents limitent leur capacité à réagir aux évolutions des environnements macroéconomiques, sectoriels ou spécifiques aux entreprises. Les investisseurs peuvent être contraints d’effectuer des investissements moins favorables en raison de règles strictes, même lorsque de meilleures occasions existent.
Cette rigidité est particulièrement problématique sur les marchés émergents, où des changements rapides en matière de politiques publiques, de démographie et d’innovation peuvent créer des occasions d’investissement. Il faut également tenir compte du fait que les fonds mondiaux et internationaux sont généralement considérés comme des positions
« de base », c’est-à-dire les fondements d’un portefeuille bien équilibré. S’appuyer uniquement sur des stratégies passives pour cette base peut créer des angles morts et des risques de concentration, tout en manquant des occasions d’investissement potentielles.
« La gestion active offre à la fois une diversification et une flexibilité au cœur d’un portefeuille afin de profiter de la croissance sur l’ensemble du spectre des possibilités mondiales et internationales », explique M. Wen.
______________________________________________________________________________