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Perspectives d’investissement de Capital Group

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Volatilité boursière
Volatilité peut-elle rimer avec opportunité ?
Darrell Spence
Économiste
Tom Hollenberg
Gérante de portefeuille obligataire
Margaret Steinbach
Directrice d’investissement obligataire

Les craintes d’inflation persistante et de durcissement des politiques monétaires font trébucher les marchés depuis le début de l’année. Les secteurs les plus chers, comme celui des technologies, ont été particulièrement touchés au début de la correction, leurs valorisations faisant l’objet d’une surveillance accrue dans la perspective d’une remontée des taux d’intérêt. La volatilité a également touché les valeurs vedettes, puisque l’indice Standard & Poor’s 500 Composite a brièvement chuté à partir du lundi 24 janvier, avant d’effacer rapidement ses pertes. Mercredi 26, les marchés ont à nouveau plongé à la suite suite des déclarations de la Réserve fédérale américaine (Fed) suggérant qu’elle pourrait avancer son calendrier de relèvement des taux directeurs et de réduction de son bilan, avant finalement de clôturer quasiment stables.


Le regain de tensions géopolitiques – de la crise entre l’Ukraine et la Russie aux relations difficiles entre la Chine et les États-Unis – contribue également à l’incertitude sur les marchés et pourrait maintenir la presssion sur les prix des actifs ces prochains mois. Cependant, alors que la volatilité pourrait persister, plusieurs de nos professionnels de l’investissement estiment que les marchés sont en meilleure santé que la plupart des observateurs ne le pensent. 


Dans les lignes qui suivent, nos spécialistes donnent leur avis sur la manière dont la correction boursière et le changement de ton de la Fed pourraient générer des opportunités d’ajustement pour des portefeuilles avec un horizon de 3 à 5 ans.


On trouve encore des opportunités sur le segment « growth »


L’ampleur de la correction boursière traduit une aversion accrue au risque, et frappe durement les titres « growth » et les actifs spéculatifs comme les cryptomonnaies. En parallèle, les titres plus orientés « value » dans les secteurs de l’énergie, de la finance et des biens de consommation essentiels ont réalisé un meilleur parcours, ce qui donne à penser qu’une rotation à plus long terme du marché est peut-être en cours.


L’indice NASDAQ Composite a reculé de 7,6 % la semaine dernière, sa plus forte baisse depuis le début de la crise sanitaire. Le 26 janvier, 44 % des actions composant le NASDAQ Composite avaient perdu 50 % ou plus par rapport à leur sommet sur 52 semaines.


L’écart se creuse entre les styles d’investissement

Sources : Sources : Capital Group, MSCI, NASDAQ, Refinitiv Datastream. Évolution du rendement total du 31 décembre 2021 à la clôture des marchés le 21 janvier 2022.

Netflix a figuré parmi les titres les plus durement touchés ces derniers temps. Après la publication d’une croissance de ses abonnés inférieure aux attentes, son action a chuté de 22 % sur la seule séance du 21 janvier. Ainsi, même les géants sectoriels ne sont pas à l’abri d’une érosion de la demande, d’une intensification de la concurrence, voire d’une dégradation de leurs résultats. Dans le secteur technologique, l’évolution récente des cours révèle une préférence des investisseurs pour les sociétés de qualité avec un PER faible, au détriment de sociétés plus chères, mais aussi plus sensibles à la hausse des taux.


Cela dit, il est normal que les actions d’entreprises plus jeunes soient volatiles. D’autres sociétés à forte croissance l’ont été avant elles et sont aujourd’hui florissantes, et les investisseurs qui ont résisté à ces turbulences et maintenu leurs positions en récoltent aujourd’hui les fruits.


Autrement dit, les résultats des entreprises ont toute leur importance. Les données passées ont démontré que certaines sociétés assorties d’un multiple élevé peuvent continuer de s’apprécier si, au fil du temps, leurs fondamentaux dépassent les attentes. C’est particulièrement vrai pour les sociétés de type « growth » actives sur des marchés potentiels vastes et en pleine expansion, et susceptibles de bénéficier d’un long potentiel de croissance de leur chiffre d’affaires et de leurs résultats.


Le 26 janvier, la Fed s’est montrée un peu plus ferme que le marché ne l’attendait, mais cela ne change rien à nos perspectives pour l’année 2022. Nous continuons de tabler sur au moins quatre hausses de taux (de 25 points de base chacune), et pensons que l’inflation pourrait demeurer bien supérieure à l’objectif de la Fed cette année. D’après nous, il ne faut pas écarter la possibilité d’une remontée plus rapide des taux, ce que Jerome Powell semble avoir confirmé durant sa conférence de presse.


La Fed pourrait accélérer sa politique de resserrement monétaire en dépit des pics de volatilité

— Tom Hollenberg, gérant de portefeuille obligataire, and Margaret Steinbach, directrice des investissements obligataires

Lors de son précédent cycle de resserrement des taux, la Fed avait relevé ses taux directeurs tous les trimestres, par tranche de 25 points de base. Si cette ligne de conduite nous paraît la plus probable cette fois-ci, la Fed a pourtant la possibilité de s’en éloigner si elle juge que l’inflation dépasse trop largement l’objectif qu’elle s’est fixé. D’ailleurs, dans ses commentaires faits à la presse, Jerome Powell n’a pas exclu la possibilité que la Fed accélère le processus de durcissement, ni même qu’elle relève les taux de 50 points de base à chaque fois.


Les investisseurs pourraient donc devoir affronter quelques turbulences ces prochains trimestres. Mais selon l’équipe Taux d’intérêt de Capital Group, contrairement à ce qu’il s’était passé lors du précédent cycle de hausse des taux, il est peu probable que la Fed se laisse distraire par la conjoncture boursière. En 2017 et 2018, lorsque les taux étaient remontés de 175 points de base, elle avait la marge de manœuvre nécessaire pour faire marche arrière lorsque les prix des actifs ont plongé, car l’inflation était inférieure à son objectif. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. 


En effet, dans une telle situation, la banque centrale américaine se retrouverait face à un véritable dilemme : la crédibilité de sa double mission (stabilité des prix et plein emploi) serait en effet mise à mal si elle renonce à son calendrier de resserrement avant que l’inflation ne retombe.


Malgré la volatilité boursière que peut engendrer une période de resserrement monétaire, la croissance des résultats des entreprises pourrait continuer de porter les actions américaines. Et si les valorisations sont actuellement supérieures à ce qu’elles ont pu être par le passé, elles ne sont pas non plus excessives compte tenu du niveau actuel et prévu des taux d’intérêt.


D’après nous, l’indice S&P 500 pourrait progresser de 8 à 10 % en 2022, ce qui serait tout à fait honorable après le rebond marqué des résultats des entreprises de 2021. Par ailleurs, si l’inflation est clairement préoccupante pour la conjoncture économique, elle peut être un bienfait pour la croissance des résultats.


Si l’on en croit les statistiques récentes, l’inflation pourrait se maintenir plus longtemps que prévu et la Fed pourrait être contrainte d’accélérer son calendrier de resserrement. Les données historiques semblent quant à elles indiquer qu’une politique monétaire plus restrictive et des taux plus élevés pèsent presque systématiquement sur les valorisations des actions. Mais dans les faits, l’orientation des marchés dépendra de la croissance des résultats et de sa capacité à compenser une contraction des PER.


Si les marchés devaient subir une correction, elle serait de courte durée

— Darrell Spence, économiste

En réalité, contrairement sans doute aux idées reçues, le marché a eu tendance à progresser au cours des périodes suivants les premières hausses des Fed Funds, excepté lors des périodes inflationnistes des années 1970 et du début des années 1980, et des périodes durant lesquelles le PER de l’indice S&P 500 représentait plus de 20 fois les résultats au moment de la première hausse de taux. En somme, des périodes assez similaires à ce que nous pouvons observer de nos jours.


Cela dit, l’inflation était alors bien supérieure et elle s’accompagnait d’une profonde récession. Sans compter que durant les périodes précédentes de valorisations chères, les taux d’intérêt étaient nettement plus élevés aussi. Ainsi, rien ne garantit que le marché actions résistera cette fois-ci au resserrement de la politique monétaire américaine. En revanche, il est un peu plus solide qu’il ne l’était durant certains de ces épisodes passés.


D’après notre scénario central, le PIB américain devrait croître de 2–3 % en 2022 dans un contexte d’atténuation des effets des mesures de soutien budgétaire et de resserrement de la politique monétaire. Cette croissance inférieure – mais néanmoins positive – devrait contribuer à stimuler les bénéfices des entreprises.


Après leur millésime exceptionnel de 2021, les marchés pourraient encore progresser de quelques pourcents cette année, dans le sillage de la croissance des résultats des entreprises. Et comme on peut déjà l’observer, ils pourraient également être plus volatils. Mais bien que le risque de correction ne soit jamais totalement nul, nous n’attendons pas de recul systémique des marchés compte tenu de la conjoncture économique actuelle, de la vigueur des résultats des entreprises et du niveau des taux d’intérêt.


 



Darrell Spence est économiste et directeur de recherche. Il possède 28 ans d’expérience, cumulée intégralement au sein de Capital Group. Il est titulaire d’une licence en économie de l’Occidental College et de l’accréditation CFA.

Tom Hollenberg est gérant de portefeuille obligataire et possède 15 ans d’expérience dans le secteur de l’investissement. Il est titulaire d’un MBA en finance de la MIT Sloan School of Management et d’une licence en économie du Boston College.

 

Margaret Steinbach est directrice d’investissement obligataire chez Capital Group. Elle possède 13 ans d'expérience, dont 4 au sein de Capital Group. Elle a auparavant été spécialiste portefeuille chez Oaktree Capital Management. Elle est titulaire d’une licence en commerce de l’Université de Virginie.