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Avec les « kishidanomics », le Japon veut accélérer sa transformation numérique
Christophe Braun
Directeur d’investissement

Dès son investiture, le 4 octobre 2021, le Premier ministre japonais Fumio Kishida s’est montré réactif : entre la convocation d’élections anticipées et l’annonce d’un plan de relance économique d’envergure, ses décisions s’apparentent à une course contre la montre et ont à ce jour dépassé les anticipations des marchés.


« C’est lorsque le soleil brille qu’il faut réparer sa toiture », a déclaré le Premier ministre au moment de dévoiler son plan de 55 700 milliards JPY (soit 490 milliards USD)1  destiné à relancer une économie japonaise sinistrée par le Covid-19. Outre des aides aux hôpitaux et entreprises en difficulté, ce plan comprend des investissements visant à mettre en œuvre la stratégie de croissance du gouvernement.


Ces mesures auront un effet stimulant à court terme, mais le rebond des dépenses de consommation dépendra aussi de la levée des restrictions sanitaires et d’une large couverture vaccinale. À 79 %2, le taux de vaccination complète du Japon figure actuellement parmi les plus élevés au monde.


Des propositions audacieuses, avec un impact de long terme


L’incertitude sur les marchés dépend autant de l’actualité à court terme que des répercussions à long terme de certaines des propositions ambitieuses du nouveau Premier ministre.


Il faudra en effet plus que des plans de relance pour permettre à l’économie japonaise d’enregistrer une croissance prolongée. Des initiatives comme la stratégie misant sur les énergies propres et le concept d’une nation de cités-jardins connectées (« Vision for a Digital Garden City Nation ») pourraient avoir un impact durable sur l’économie et les marchés financiers du pays.


Le gouvernement devrait détailler en juin prochain sa stratégie axée sur les énergies propres, laquelle vise à réduire de 46 % les émissions de gaz à effet de serre du Japon entre 2013 et 2030, et à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.


Les quatre piliers de la stratégie de croissance du Premier ministre Fumio Kishida

Au 8 novembre 2021. Données compilées par Capital Group à partir des déclarations faites par le Premier ministre Fumio Kishida lors de la deuxième assemblée du Conseil pour la réalisation d’une nouvelle forme de capitalisme (Council of New Form of Capitalism Realization). Sources : Capital Group, site Internet du Premier ministre Fumio Kishida, gouvernement du Japon.

Selon le média d’informations Nikkei, Fumio Kishida souhaite investir 2 000 milliards JPY (17 milliards USD) ces dix prochaines années dans le développement d’un réseau national de transmission CCHT (courant continu à haute tension).


Ce réseau permettrait notamment d’acheminer efficacement – et sur de longues distances – l’électricité éolienne produite en mer vers les grandes villes. Bien qu’il n’y ait pas eu d’annonce officielle à ce sujet, il est largement admis que ce projet sera mené à bien au cours des dix prochaines années, et qu’il mobilisera des investissements du secteur privé. Des entreprises comme Hitachi, à l’avant-garde en matière de la technologie CCHT, pourraient figurer parmi les bénéficiaires.


L’avenir sera numérique, ou ne sera pas


La vision du Premier ministre consistant à faire du Japon une nation de cités-jardins connectées (« Digital Garden City Nation ») implique d’accélérer le déploiement de la 5G et de technologies comme le télétravail, la livraison par drone et la conduite autonome.


La transition numérique, ou DX3, est au cœur de ce projet en raison de ses interconnexions avec certaines priorités du gouvernement, et parce qu’elle est considérée comme le prolongement de la série de réformes numériques engagées par son prédécesseur Yoshihide Suga.


« Nous améliorerons nos infrastructures numériques, ce qui comprend la 5G, les semi-conducteurs et les centres de données, et nous ferons le nécessaire pour que la population toute entière y ait accès », a déclaré le Premier ministre Fumio Kishida.


La transition numérique et l’innovation médicale sont quelques-unes des tendances de long terme qui portent le Japon. La dématérialisation s’est notamment accélérée dans le contexte des restrictions sanitaires, qui ont favorisé l’essor de l’e-commerce, du streaming vidéo à la demande et des services cloud.


Les investissements du Japon dans le secteur numérique, qui ont stagné pendant des décennies4, demeurent inférieurs aux niveaux observés dans d’autres pays développés comme les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.


Le pays a cependant les moyens de rattraper son retard, grâce à la demande accrue de services et d’infrastructures numériques engendrée par l’évolution des habitudes de consommation et par les besoins croissants en matière de stockage de données et de systèmes informatiques robustes.


Alors que l’économie japonaise poursuit sa transition numérique, les entreprises positionnées sur ce segment ont la possibilité de garder une longueur d’avance sur leurs concurrents. La société BayCurrent Consulting, qui est active sur le marché en plein essor du consulting digital, en fait partie puisque son carnet de commandes s’est rempli à partir du moment où le gouvernement japonais a fait du passage au numérique une priorité économique.


Un rôle accru à jouer dans le monde de demain


Le marché japonais de la transition numérique
Investissements en milliards JPY

Prévisions fournies à titre d’illustration uniquement.
La taille du marché japonais de la transition numérique est calculée d’après les investissements réalisés à cette fin par les entreprises des secteurs de l’industrie manufacturière, de la distribution, de la finance, de la santé, du transport ou encore de l’immobilier. Sources : Fuji Chimera Research Institute (2020), « 2020 Future Prospects of Digital Transformation Market », Capital Group.

Pour mieux saisir les enjeux, il convient de tenir compte de certains aspects externes au Japon, comme la rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine au sujet de la 5G, ou encore l’augmentation des capacités de production de semi-conducteurs pour répondre aux exigences d’un monde de plus en plus connecté. Avec leurs produits et services essentiels pour la transformation numérique de notre planète, les entreprises japonaises ont un rôle important à jouer dans ces domaines.


Le Japon est également une source majeure d’investissements directs étrangers. D’après des données de la CNUCED, le pays a été le premier investisseur étranger en 2018 et en 2019, et deuxième après la Chine en 2020, avec 116 milliards USD investis cette année-là5.


Flux d’investissements directs à l’étranger
(milliards USD)

Données au 21 juin 2021. Source : World Investment Report 2021, publié par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED)

À l’avenir, nous pensons que le gouvernement mettra davantage l’accent sur la sécurité économique et la politique étrangère. La nomination d’un nouveau ministre de la Sécurité économique pourrait contribuer à accélérer les travaux législatifs en 2022 pour promouvoir la résilience des chaînes d’approvisionnement et renforcer le contrôle sur les activités et technologies stratégiques. Depuis le début de la pandémie, le gouvernement investit pour inciter les sociétés étrangères de secteurs stratégiques à relocaliser leurs chaînes d’approvisionnement au Japon.


C’est ainsi que Taiwan Semiconductor Manufacturing Company a annoncé en novembre 2021 la construction d’une usine de fabrication avec Sony à Kumamoto, dans le sud du pays, pour un investissement de départ estimé à 7 milliards USD et qui bénéficiera de subventions publiques.


En parvenant à convaincre le plus grand fondeur mondial de puces à stimuler l’écosystème japonais des semi-conducteurs, le gouvernement de Fumio Kishida a réussi un coup de maître, l’objectif étant d’éviter que de nouvelles difficultés d’approvisionnement paralysent encore son appareil industriel.


La cote de popularité du gouvernement de Fumio Kishida a, la plupart du temps, été en hausse depuis son investiture en octobre 2022.

Données au 31 janvier 2022. Sources : Nikkei, The Japan News, Kyodo News.

À présent, le gouvernement s’attache à contenir la propagation du variant Omicron et à accélérer le déploiement des troisièmes doses de vaccin. Des pays du G7, c’est le Japon qui a adopté les règles frontalières les plus strictes.


En cas d’amélioration notable de la conjoncture nippone, le Premier ministre pourrait espérer remporter une majorité à la chambre haute lors des élections prévues en juillet 2022. Une victoire lui assurerait une base solide et lui laisserait suffisamment de temps pour mettre en œuvre d’autres politiques redistributives. Pour les investisseurs, il sera utile d’être à l’affût de ce potentiel point d’inflexion.


 


1. Le plan de relance du Japon consiste en sommes d’argent versées aux ménages à faibles revenus, en aides aux entreprises en difficulté, et en subventions pour relancer le tourisme intérieur. Fonds privés compris, le plan global pourrait s’élever à 78 900 milliards JPY. Source : JapanGov.


2. Au 2 février 2022. Source : Our World in Data.


3. Selon la définition du ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, « DX » désigne la transformation numérique – de produits, de services, de processus, de modèles économiques ou encore d’une culture – se traduisant par une modification radicale des environnements économiques. Les entreprises peuvent tirer parti des données et technologies numériques pour acquérir un avantage concurrentiel.


4. Sources : McKinsey & Company, « Using digital transformation to thrive in Japan’s new normal: An urgent imperative », OECD.Stat.


5. CNUCED : Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement.


 



Christophe Braun est spécialiste de l’investissement chargé des actions chez Capital Group. Il possède 11 ans d’expérience de l’investissement et a rejoint Capital Group il y a 5 ans après avoir occupé les fonctions de représentant en placements chez TD Direct Investing International, puis de gérant et conseiller en placements chez CBP Quilvest S.A. Il est titulaire d’un master de sciences en économie financière et industrielle de Royal Holloway (Université de Londres), et d’un diplôme de gestion et économie de l’université Leopold-Franzens en Autriche. Christophe est basé à Luxembourg.


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