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Perspectives d’investissement de Capital Group

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Marchés et économie
La flambée des prix des matières premières va-t-elle durer ?
Lisa Thompson
Gérante de portefeuille actions
Douglas Upton
Analyste d’investissement actions
Stephen Green
Économiste

Pour prendre la pleine mesure de la volatilité des cours des matières premières, il suffit d’observer ce qui se passe sur le marché du nickel, un métal essentiel dans la composition des batteries batteries des véhicules électriques et des produits en acier inoxydable : son prix a doublé début mars, avant de repartir fortement à la baisse, ce qui a décidé la Bourse des métaux de Londres à suspendre sa cotation. Le marché du nickel a rouvert cette semaine, mais avec des plafonds de négociation stricts.


Voilà un exemple parmi tant d’autres de la manière dont l’invasion russe de l’Ukraine ébranle l’économie mondiale. La Russie fournit environ 20 % du nickel utilisé dans le monde. La perspective que cette production soit interrompue a déstabilisé les marchés et incité les acheteurs à s’approvisionner ailleurs.


Le conflit Russie-Ukraine fait flamber les prix des matières premières

Sources : Capital Group, London Metal Exchange, Refinitiv Datastream, U.S. Department of Agriculture. Données au 16 mars 2021.

Les prix des matières premières ont fortement augmenté depuis le début du conflit, le 24 février, en particulier celles venant de Russie et d’Ukraine : ainsi, ont augmenté les prix du blé, du pétrole, du gaz naturel, mais aussi ceux des métaux essentiels comme l’aluminium, le palladium et le cuivre.


Il convient toutefois de préciser que les prix ont commencé à monter bien avant que la Russie n’envahisse l’Ukraine, générant des pressions inflationnistes inédites depuis le début des années 1980. Les investisseurs se posent aujourd’hui une question capitale : ces hausses de prix vont-elles durer ?


« À court terme, la réponse est non », explique Lisa Thompson, gérante de portefeuille chez Capital Group. « Le marché a réagi de manière disproportionnée et les prix ont déjà quelque peu reflué. Mais les prix des matières premières sont aujourd’hui bien supérieurs à leur niveau d’il y a un an, et je suis convaincue que cette tendance se maintiendra. »


« À long terme, les prix devraient donc rester élevés en raison de plusieurs facteurs, parmi lesquels la hausse de la demande, les pénuries et le mouvement de "démondialisation » symbolisé par la guerre en Ukraine et les tensions entre les États-Unis et la Chine. Dans un monde où le commerce libre et ouvert recule, les prix ont tendance à monter. »


La métallurgie promise à un brillant avenir


Du point de vue de l’investisseur, cette conjoncture aura des répercussions évidentes pour le secteur minier et métallurgique. Les investisseurs se détournent de cette filière depuis une dizaine d’années, voire plus si l’on exclut la dernière flambée des prix pendant la crise financière mondiale de 2008.


Cela fait des années que le secteur est sous-évalué, y compris malgré le rebond récent des valeurs minières, précise Douglas Upton, analyste actions chez Capital Group qui suit les marchés des matières premières depuis plus de 30 ans. D’après lui, la plupart des prix des matières premières resteront élevés ces prochaines années, en raison du sous-investissement chronique dans ce secteur depuis 2015. Sans compter qu’il faut plus longtemps qu’avant pour lancer de nouveaux projets miniers.


« La mise en œuvre de nouveaux projets s’étale sur plusieurs années, constate Douglas Upton. La découverte de filons à exploiter et l’obtention des autorisations et des financements prennent beaucoup plus de temps qu’auparavant. En termes de prix, cela se traduit par des sommets et des creux plus marqués, tant que les nouveaux investissements n’ont pas commencé à produire des résultats. » Cette dynamique ne s’applique toutefois pas à l’alimentation et à d’autres cultures, un domaine dans lequel la production peut être rapidement augmentée.


« D’après mon analyse, raconte Douglas Upton, toutes les grandes sociétés minières sont sous-évaluées. Le marché ne réfléchit pas suffisamment aux conséquences d’un sous-investissement. Si l’on en croit les valorisations et les estimations de résultats du consensus de marché, les prix des matières premières reculeront ces prochaines années, pour se rapprocher de leurs moyennes historiques. Je pense que c’est une erreur. »


Pour preuve, la capitalisation boursière combinée des sept premières compagnies minières au monde est nettement inférieure à la valeur boursière d’une entreprise de la nouvelle économie comme Tesla, qui a pourtant besoin de certains métaux raffinés (dont du nickel) pour produire les batteries lithium-ion de ses voitures électriques. Bien avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Elon Musk, le PDG de Tesla, avait d’ailleurs déclaré que le nickel figure parmi ses principales préoccupations.


Les sociétés minières restent dans l’ombre malgré leur rôle essentiel dans l’économie mondiale

Source : RIMES. Données au 16 mars 2022. Sociétés minières représentées (par ordre décroissant de taille) : BHP, Rio Tinto, Vale, Glencore, Freeport, Anglo American et Newmont.

Outre le problème du sous-investissement, Douglas Upton estime que l’essor mondial des sources d’énergies renouvelables pourrait également faire monter les prix des matières premières sur le long terme. L’électricité est notamment devenue une ressource incontournable : le développement du réseau électrique, et l’adoption rapide des voitures électriques, nécessiteront des quantités considérables de cuivre, de nickel et d’autres métaux stratégiques.


La Chine fera-t-elle contrepoids à la hausse des prix ?


Le ralentissement de l’économie chinoise pourrait en revanche contribuer à freiner la hausse des prix des matières premières. En tant que premier importateur mondial de matières premières, la Chine consomme plus de la moitié du minerai de fer, du charbon et du cuivre produits dans le monde.


Au travers de ses liens commerciaux étroits avec l’Union européenne, la Chine est également indirectement exposée au risque de récession de l’Union européenne en cas d’enlisement du conflit en Ukraine. La nouvelle flambée épidémique est un autre problème, que le gouvernement chinois tente d’endiguer avec la réintroduction de restrictions sanitaires, lesquelles pourraient pénaliser encore plus l’économie chinoise.


« Bien avant la dernière vague de contamination, l’économie chinoise était en perte de vitesse, ou du moins en train de se stabiliser à un taux de croissance très bas », fait remarquer Stephen Green, économiste spécialiste de l’Asie chez Capital Group. « La situation pourrait se dégrader encore avant de s’améliorer, et une récession suffisamment marquée pourrait faire chuter les prix des matières premières. »


Stephen Green suppose que la banque centrale de Chine abaissera prochainement ses taux d’intérêt, tandis que la plupart des autres banques centrales évoluent dans le sens inverse. 


Investisseurs : comment se prémunir contre l’inflation ?


Peu importe comment les marchés évoluent désormais, la flambée actuelle des prix confirme une nouvelle fois que les matières premières offrent une couverture efficace contre l’inflation. Il n’y a rien d’étonnant à cela, puisque ces mêmes matières premières (les hydrocarbures, par exemple) sont utilisées dans de nombreuses filières de l’économie mondiale et peuvent contribuer à accélérer l’inflation, qui n’avait pas été aussi haute depuis 40 ans.


Depuis toujours, l’énergie – et plus particulièrement le pétrole – évolue dans une fourchette étroite avec l’inflation (mesurée par l’indice américain des prix à la consommation). Et le pétrole étant habituellement un composant majeur des indices des prix des matières premières, son cours est étroitement corrélé avec l’inflation.


Sans surprise, les prix des matières premières offrent une protection excellente contre l’inflation

Sources : Capital Group, Bureau of Labor Statistics, Refinitiv Datastream, Standard & Poor's, U.S. Department of Labor. Données du 31/01/1989 au 28/02/2022.

Il y a toutefois d’importants écarts entre les grandes catégories de matières premières : le pétrole, le gaz, les métaux, l’alimentation et les produits agricoles suivent ainsi leurs propres cycles.


Les investisseurs en quête d’une couverture contre l’inflation doivent en tenir compte, avertit Jared Franz, économiste chez Capital Group. « Tout dépend en fait de l’origine de l’inflation ».


« Sans surprise, le secteur de l’énergie a tendance à être bien orienté lorsque l’inflation s’accélère, parce que les hausses des prix énergétiques, en particulier de l’essence, peuvent être rapidement répercutées sur les consommateurs. Ce n’est pas toujours le cas pour d’autres matières premières, pour lesquelles les hausses de prix peuvent être absorbées tout au long de la chaîne de production. »



Lisa Thompson est gérante de portefeuille actions et possède 32 ans d’expérience dans le secteur de l’investissement. Elle est titulaire d’une licence de mathématiques de l’université de Pennsylvanie, ainsi que de la certification CFA.

Douglas Upton est analyste d’investissement actions, chargé de couvrir le secteur mondial de la métallurgie et de l’extraction minière. Il possède 32 ans d’expérience et a rejoint Capital Group il y a 16 ans. À ses débuts chez Capital Group, il a également couvert le secteur bancaire canadien et été directeur de recherche Europe. Il est titulaire d’un MBA et d’une licence de mathématiques et physique d’UWA (University of Western Australia). Doug est basé à Londres.

Stephen Green est économiste chez Capital Group, chargé de couvrir l’Asie. Il possède 16 ans d’expérience en matière d’investissement et a rejoint Capital Group il y a 6 ans. Il est titulaire d’un doctorat en affaires publiques de la London School of Economics et d’un diplôme avec mention en sciences politiques et sociales de l’Université de Cambridge. Stephen est basé à Hong Kong


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