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ESG
L'investissement ESG dépend d'une analyse approfondie
Frank Beaudry
Analyste d’investissement actions
Matt Lanstone
Responsable de la recherche et de l’investissement ESG
David Polak
Directeur d’investissement

Frank Beaudry, analyste d’investissement chez Capital Group, ne ménage pas ses efforts pour examiner l’approche des entreprises au titre des questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG).


Il s’est récemment rendu en Italie pour parcourir les Dolomites à vélo en compagnie du PDG d’Enel, Francesco Starace. Celui qui était auparavant à la tête de la division des énergies renouvelables de la compagnie d’électricité publique italienne est en train de la transformer. Ce n’était certes pas un voyage de recherche au sens habituel du terme, mais Frank Beaudry en a profité pour approfondir sa connaissance de la société.


« Il y a quelques années, les indicateurs ESG externes montraient Enel comme un géant public qui émettait d’importants niveaux de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, la société est méconnaissable », explique-t-il. Pendant qu’ils gravissaient les routes en lacets, les deux hommes ont parlé courbe d’apprentissage, gestion des risques et développement des énergies renouvelables.


Comme Frank Beaudry l’indique, « Je n’aurais jamais eu accès à de telles informations il y a cinq ans avec une simple note externe. Il me fallait interroger le PDG et le directeur financier sur leur vision du cycle d’affaires des énergies renouvelables, en partant des dépenses d’investissement, et en allant jusqu’aux bénéfices attendus. »


 


Frank Beaudry, analyste dédié aux secteurs énergétique et minier, est également un passionné de cyclisme.


Pour connaître la vision et les actions des entreprises sur les questions ESG, un dialogue continu et mené sur plusieurs années avec la direction est plus efficace qu’un simple examen des comptes. Pour être pérenne au-delà du prochain trimestre et générer un impact positif à horizon vingt-cinq ans, un plan d’affaires doit tenir compte des aspects extra-financiers. Le défi est d’identifier les aspects ESG qui sont pertinents et d’évaluer leur impact au fil du temps sur le cours boursier.


L’investissement durable n’est pas une solution miracle


La plupart des investisseurs attirés par les fonds socialement responsables peuvent penser que c’est le remède à tous les maux, un moyen facile de placer leurs avoirs dans les causes qui leur tiennent à cœur. Il n’existe toutefois pas d’approche universelle.


Ainsi que l’explique Matt Lanstone, qui dirige la division mondiale de recherche et investissements ESG de Capital Group, « On pense immédiatement aux priorités les plus évidentes, comme les changements climatiques, les droits humains ou encore la diversité du conseil d’administration, mais d’autres aspects ESG moins médiatisés existent : les problèmes de chaîne logistique, la satisfaction des besoins des populations défavorisées, etc. »


De plus en plus d’investisseurs étant désormais sensibles aux problématiques ESG, il est important de déterminer comment les intégrer aux portefeuilles. « Il y a dix ans, seules quelques sociétés spécialisées pratiquaient l’investissement à impact positif ou appliquaient une forme d’exclusion. Aujourd’hui, c’est l’inverse : rares sont celles qui n’ont pas intégré ces aspects dans leur processus d’investissement. »


Il existe une grande variété de fonds socialement responsables. Certains excluent les filières comme les combustibles fossiles ou les fabricants d’armes, d’autres ciblent les émetteurs individuels qui enregistrent les meilleurs résultats sur les critères extra-financiers, tandis que d’autres encore privilégient une approche thématique telle que les changements climatiques ou la transition énergétique.


Mais alors, comment trouver des investissements réellement responsables ? Les notes attribuées par des sociétés de recherche tierces comme Sustainalytics et MSCI offrent un début de réponse, mais il ne faut pas en rester là.


Les notes attribuées par des agences tierces ne font pas tout


Face à la sensibilisation croissante aux questions extra-financières, les moyens permettant d’évaluer l’engagement d’une société et de mesurer son impact sont de plus en plus plébiscités. Mais même les agences de notation ne sont pas d’accord sur la définition de l’investissement socialement responsable (ISR).


MSCI, par exemple, se limite à comparer les sociétés d’un même secteur, tandis que Sustainalytics (Morningstar) les évalue d’après leur exposition aux risques ESG d’un secteur ou d’une région, en tenant compte des actions mises en œuvre pour les atténuer.


Une étude récemment menée par la MIT Sloan School of Management montre une corrélation très faible de 0,61 entre les notes ESG attribuées par les grands fournisseurs, contre 0,92 pour les notes de solvabilité classiques.


Les données de tiers ne peuvent, à elles seules, donner des réponses suffisantes à ceux qui veulent investir dans des sociétés partageant leurs valeurs ESG. Et sachant qu’une société peut se voir attribuer des notes très variables, les investisseurs doivent aussi pouvoir appréhender des aspects que les indicateurs classiques ne permettent pas de restituer.


 


« Si, les données sont en soi un bon point de départ, on ne peut pas s’en contenter, explique David Polak, directeur d’investissement actions chez Capital Group. Nous voulons comprendre où résident les opportunités dont le marché n’a pas encore pris conscience, ou peut-être avons-nous identifié quelque chose qui n’est pas encore considéré comme un risque. Surtout, les notes attribuées par les agences offrent une vision du passé, alors que les investisseurs sont tournés vers l’avenir. Or, ce qui se passera dans le futur relève de la prospective. »


Matt Lanstone rappelle un exemple récent : « Grâce aux notes excellentes attribuées par des agences, une enseigne de distribution connue a suscité beaucoup d’intérêt parmi les investisseurs. Mais notre recherche de terrain a soulevé des questions sur sa chaîne logistique et sur la viabilité de ses marges. Malgré l’excellente réputation de cette société, les informations rendues publiques par la suite concernant sa chaîne logistique ont donné raison à notre analyste. »


Les investisseurs doivent s’efforcer d’avoir une longueur d’avance s’ils veulent contribuer à dessiner un avenir meilleur. La recherche approfondie et le dialogue individualisé avec les équipes dirigeantes peuvent aider à identifier les opportunités et les risques que les notes ne permettent pas de restituer. Et contrairement aux fonds à gestion passive, qui ne font que répliquer la composition d’un indice donné, les gérants actifs peuvent se baser sur les données nouvelles pour créer une position ou en sortir.


Une approche active de l’investissement responsable


Certains gérants ou produits bannissent des secteurs entiers ou des sociétés ayant donné lieu à des controverses, mais cela ne produit pas forcément les meilleurs résultats.


Pour Matt Lanstone, « L’intérêt de l’exclusion est que l’impact est instantané. Toutefois, en renonçant à une société ou à une filière entière, on ne peut pas influencer la manière dont elle aborde le développement durable. Et on risque de passer à côté d’investissements individuels qui, en plus d’être durables, peuvent s’avérer rentables. »


En revanche, en continuant à investir et à dialoguer avec ces sociétés jugées problématiques, les gérants actifs peuvent promouvoir le changement.


« Le dialogue peut mettre du temps à produire des effets. Ce qui compte, c’est d’avoir d’une vision de long terme et de garder à l’esprit que l’amélioration des performances au titre des critères ESG peut déboucher sur des résultats supérieurs. »


Cela dit, ces efforts ne portent pas toujours leurs fruits. Comme David Polak l’explique, « Il faut bien entendu admettre que certaines sociétés ne souhaiteront pas donner suite, et qu’un gérant actif peut alors choisir de liquider la position. Nous excluons les sociétés qui ne satisfont pas à nos attentes à long terme sur le plan extra-financier. »


Conformément au principe selon lequel « propriété rime avec responsabilité », les gérants de portefeuille échangent avec les dirigeants d’entreprise pour le compte des actionnaires.


Accompagner la révolution énergétique


Les gérants actifs peuvent encourager les entreprises à se transformer pour dessiner un avenir plus respectueux de l’environnement.


Pour David Polak, « L’investissement idéal pourrait être une société très polluante que nos analystes désignent comme problématique et qui est assortie d’une valorisation correspondante, mais dont une analyse prospective révèle qu’elle est en train d’assainir ses pratiques. En attendant que le marché en prenne acte, soit d’ici à trois à cinq ans, les investisseurs déjà exposés auront déjà tiré leur épingle du jeu. »


Les secteurs couverts par Frank Beaudry sont justement de ceux qui peuvent être problématiques. Les services aux collectivités et l’industrie minière ont de nombreux points de contact avec les gouvernements et le public, ce qui les exposent à des risques accrus de controverses – qu’il s’agisse des émissions de carbone, des craintes en matière de sécurité ou de l’interaction avec les communautés locales.


Frank Beaudry tient systématiquement compte des aspects ESG dans son travail d’analyse : « C’est le facteur qui me fait choisir entre une mine qui restera en exploitation et une autre qui privilégie la rentabilité à court terme sur les cinq prochaines années. Il ne s’agit pas de mettre des panneaux solaires sur un toit, mais de vérifier si une entreprise sera encore en activité d’ici 10 à 20 ans. »


Malgré leur nature apparemment intangible, les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance peuvent avoir un effet bien réel sur les résultats à long terme.


« Ces éléments finissent par rejaillir sur la situation financière de l’entreprise. Il me faut donc les décoder pour vérifier mes hypothèses de croissance, de coûts, de longévité de l’activité et de pérennité des résultats, afin de comprendre les tendances structurelles du secteur et de déterminer si les flux de revenus vont augmenter. Si les centrales à charbon étaient jadis la norme, les entreprises doivent désormais miser sur les énergies renouvelables pour assurer leur croissance. »


La société danoise Ørsted, anciennement Danish Oil and Natural Gas, est un bon exemple de transformation réussie puisqu’elle a renoncé au pétrole et au gaz naturel pour devenir le leader mondial des fermes éoliennes en mer.
« À la fin des années 2000, l’équipe dirigeante s’est rendue compte qu’il n’y avait aucun avenir dans les combustibles fossiles et s’est alors donné pour mission de rendre l’éolien en mer compétitif sur le plan économique. Elle a réussi son pari. Ce mode de production de l’électricité va se multiplier au large de la côte est des États-Unis, mais aussi au Japon, en Corée du Sud ou encore à Taïwan. Cette technologie offre un potentiel bien réel. »


Et ce n’est qu’un exemple illustrant à quel point les intérêts environnementaux et économiques peuvent converger.


L’investissement responsable avec Capital Group


À ce jour, aucun de nos fonds n’est estampillé « ISR » (investissement socialement responsable) ou « durable ». David Polak donne des précisions : « En effet, toutes nos stratégies tiennent compte des critères ESG. Il est possible que nous envisagions d’autres approches à l’avenir, mais notre objectif est de veiller à ce que l’ensemble de notre processus intègre ces aspects, pour procurer des résultats pérennes. »


C’est dans l’ADN de Capital Group. « L’intégration des critères ESG est l’une de nos grandes priorités stratégiques, et un atout supplémentaire pour notre organisation, conclut Matt Lanstone. C’est un aspect fondamental qui s’articule en trois volets interdépendants faisant partie intégrante de notre processus d’investissement : les cadres d’investissement ESG développés par nos analystes expérimentés, la veille permanente des problèmes potentiels, ainsi que le dialogue actif et le vote par procuration. »



Frank Beaudry est analyste d’investissement actions et possède 12 ans d’expérience. Il est titulaire d’un MBA de la London Business School et d’une licence de droit civil et common law de l’université McGill.

Matt Lanstone dirige la division mondiale de recherche et investissements ESG de Capital Group et possède 28 ans d’expérience dans le secteur de l’investissement. Il est titulaire d’une licence d’économie et de comptabilité, obtenue avec mention, de l’université de Bristol

David Polak dirige l’équipe de spécialistes de l’investissement en actions de Capital Group, et représente à ce titre plusieurs stratégies actions. Il possède 35 ans d’expérience et est titulaire d’une licence d’économie d’University College London.


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